Un coup au sommet. La guerre vue par un des participant de l’ATO (opération antiterroriste)

Aperçu hebdomadaire d’un combattant d’une des unités qui prennent une part active dans les opérations antiterroristes à l’Est

7 mai 2014
Traduit et édité par Voix de l’Ukraine
Source: tyzhden.ua

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À l’est du pays c’est enfin la troisième tentative, tentative qui a essentiellement été déclenchée, selon la rumeur, par la décision du FMI d’affecter à l’Ukraine une tranche d’aide de 17 milliards et le risque de remise en cause de celle-ci en cas de perte de contrôle de ces zones de l’Est. L’opération antiterroriste tant attendue a été lancée, ce qui a immédiatement transformé l’intervention de la police en véritable guerre. Maintenant, y participe jusqu’à 10 milles hommes de l’armée ukrainienne, de la police et de la Garde nationale. Comment voient-ils la situation ? Tyzhden a réussi à entrer en contact avec un combattant d’une des unités qui participent activement aux combats. Nous ne précisons pas l’arme ni l’unité pour des raisons évidentes.

Dans les circonstances d’une guerre pareille, il est nécessaire de consacrer davantage de temps à l’évolution de la situation.

en ce qui concerne SUPPORT A PROPOS DE FINANCIÈRE

Dans un premier temps, la situation était catastrophique. Je sais que dans certaines unités, sur 10 véhicules un seul avait une batterie, alors ils l’utilisait à tour de rôle : d’abord dans l’un, puis dans l’autre et ainsi de suite. Il est vrai que tous ceux qui participent à l’ATO ont remis les choses en ordre. Mais nous avons vraiment été aidé par les bénévoles de X (nous ne donnons pas le nom de la ville. NDR). Ils ont apporté des gilets pare-balles, apportent constamment des aliments savoureux, fournissent des appareils de vision nocturne. Chez les flics, la situation est un peu meilleure, ils ont été chouchoutés pendant quatre ans par les gouvernements précédents. Pour les armes pas de problèmes : nous en avons de bonnes. Mais on manque de tout. Si les Russes attaquent, alors nous aurons sûrement besoin de missiles antichars guidés et portatifs. On n’en a pas beaucoup, mais maintenant, chez les terroristes, grâce à Dieu, en dehors des quatre blindés qu’ils ont pris aux parachutistes de Kramatorsk, ils n’en ont pas d’autres. Et on peut même tirer dedans de près à la « Kalash ». C’est pourquoi, en fait, ils n’utilisent pas ces engins.

en ce qui concerne LA NOURRITURE

On est mieux nourris qu’en temps de paix. Des bonnes rations de combat, de la cuisine avec des produits frais. Trois repas, apportés lors des combats sur la position. En ce sens, grâce à la guerre nous y avons gagné. Probablement parce que nous sommes constamment en ordre de bataille. Mais dans les unités voisines il y a beaucoup de gros problèmes. Surtout chez les conscrits. On les nourrit à peine, on donne pour cinq-six personnes une miche de pain et deux boîtes de corned-beef par jour. Mais pour être juste, on nourrit mieux ceux qui sont en position avancée. Mais chez les recrues l’esprit combattif, qui, au début, était juste au-dessus de la moyenne, est maintenant en baisse : le soldat affamé ne combat pas. Je pense qu’ils ne se mettront pas en route sans des plats corrects qui contentent le palais. 

en ce qui concerne le COMMANDEMENT

En principe, ceux qui nous commandent directement, nous les connaissons. Avec eux, tout est normal. Nous les respections dans les casernes et nous avons commencé à encore plus les respecter : ce sont des personnes dignes d’être des seigneurs de la guerre. Mais on se pose beaucoup de questions sur le haut commandement. Nous avons constamment l’impression qu’en haut siègent ou bien des idiots ou bien des traîtres. La deuxième option, quant à moi, est la plus vraisemblable. Je me rappelle qu’au cours de la deuxième phase de l’ATO il y a eu un moment où devant nos unités il y avait un passage pour Sloviansk. Encore un peu – et on aurait eu les séparatistes. Cependant, ils nous ont ramené en arrière au dernier moment. Je ne comprends pas pourquoi diable nous avons dû tout le mois d’avril rester assis au même endroit au lieu d’écrabouiller cette saleté, qui a déjà tué plusieurs des nôtres. Pourquoi attendre si longtemps – pour leur donner l’occasion d’améliorer leurs forces, leurs armes, de renforcer leurs positions ?

Pourquoi ne pas les avoir aussitôt frappé, dès qu’ils sont apparus ? Nous aurions pû dès le début en venir à bout avec une section, mais nous sommes restés assis et avons attendu. Et littéralement nous avons travaillé jusqu’au dernier moment, en suivant la hiérarchie. Je comprends qu’on ne peut pas pulvériser au canon la ville, mais s’asseoir et attendre – cela signifie que beaucoup de mes garçons vont mourir. Et comment a-t-on pû deux fois nous rappeler en arrière, quand nous avions presque terminé la tâche ? En outre, jusqu’à ces derniers jours, j’ai eu l’impression que les terroristes savaient toujours à l’avance nos plans et nos actions. Comme si quelqu’un les renseignaient – et ce malgré le fait que nous étions en permanence en silence radio. Et quand les gars d’« Alpha » ont tiré, ils ne les ont pas attendu, ils savaient où aller. Sur les hommes politiques en général je me taierai. Le poisson pourrit par la tête. Et c’est énervant qu’ils se contentent de parler. Bon, pour ainsi dire, mais il y a une impression qu’il y a des fuites. Je ne sais pas, parfois les pensées se trahissent : nous allons agir ici dans l’est et nous nous occuperons du gouvernement. Nous frapperons en haut comme on dit.

en ce qui concerne LA POPULATION LOCALE

Dans un premier temps nous n’avions même pas envisagé dans le pire des rêves de tirer sur des civils. Et le commandement nous l’a constamment rappelé : qu’il n’y ait rien d’illégal envers les habitants. Et encore une fois, sans cesse ils font pression, pour qu’il n’y ait aucune goutte de sang excessive. Mais après Andriïvka (bataille dans un village près de Sloviansk, au cours de laquelle à l’abri d’un groupe de soi-disant civils pacifiques qui avait tenté de bloquer des troupes ukrainiennes, deux soldats ont été tués. NDR.) notre attitude a radicalement changé. Oui, le commandement exige maintenant de ne pas tirer sur eux, explique qu’ils faut les écarter, cependant nous avons maintenant sous les yeux nos garçons tués. Je comprends, et nous pouvons voir qu’une grande majorité des gens ici ne soutiennent pas les terroristes, mais ils ne nous aiment pas aussi, même s’ils estiment qu’il faut chasser les bandits. Il y en a tout un tas qui croient que nous sommes le « Secteur droit », « le Secteur gauche », etc. : eux ce sont seulement des types durs de la tête. Il réagissent de façon agressive devant le drapeau ukrainien. J’ai lu récemment comment les Croates faisaient pendant la guerre yougoslave : ils tiraient en l’air avec une fusée spéciale lorsque s’approchaient les « civils pacifiques ». Si ceux-ci ne se dispersaient pas, ils ouvraient le feu. Non, nous ne sommes pas sanguinaires, mais si les gens ont la comprenette-difficilette : où c’est la guerre, c’est pas la place des civils, ils auront leur compte. Je crains que bientôt les gars vont commencer à tirer sur eux, il y a de plus en plus de provocateurs et d’étrangers au coin.

en ce qui concerne les TACTIQUES DE COMBAT

Franchement, nous ne comprenions pas tout à fait au début que nous allions à une véritable guerre. Beaucoup étaient d’humeur, comment dire, à retirer leur chapeaux. Mais il s’est avéré que nous avions affaire à des adversaire très organisés et dangereux ; en fait à des forces spéciales, qui utilisent constamment comme bouclier des civils locaux, ainsi que les imbéciles du coin à qui ils distribuent des fusils automatiques. Beaucoup se posent la question, pourquoi nous allons tout le temps en avant-en arrière. Le fait est que nous n’avons ni l’ordre ni le droit de tirer sur des résidents pacifiques, alors nous faisons sortir les terroristes. En ce moment se met en place chez nous une bonne organisation entre les différentes armes, entre l’armée et la Garde nationale, et les diverses forces spéciales.

Il faut apprendre à se battre contre ceux qui n’ont ni conscience ni règles, mais qui ont beaucoup de culot et un tas d’armes russes les plus récentes. Notre but est de détruire autant de terroristes que possible en dehors de la ville et ensuite de nettoyer le reste. Je ne peux pas en dire plus. En général, nous n’avons pas suffisamment d’intelligence électronique et de drones qui nous aideraient à rechercher et à démasquer les embuscades ennemies. Dans une telle guerre, il est nécessaire de consacrer beaucoup de temps à la reconnaissance : la bataille de contact doit être réglée à la seconde près pour qu’il n’y ait pas de victimes inutiles, de fusillades, de sang. Il est important de comprendre que beaucoup de nos « spets », en particulier du ministère de l’Intérieur et de la SBU (la sécurité), veulent fortement racheter le Maïdan, relever l’honneur de l’uniforme, même si cela paraît ridicule à quelqu’un qui ne l’a pas ressenti. Parce que, zut, au cours des derniers mois on en a tellement déversé sur eux : qu’ils étaient des tueurs et que, surtout, ils n’étaient pas des pro-fes-sion-nels. Maintenant, ils veulent montrer à tous et surtout à eux-mêmes qu’ils sont des bons. Il est très important de ne pas perdre cette ardeur et cet allant. Mais encore une fois, le comportement des dirigeants politiques est très dommageable pour cela.

en ce qui concerne LES TERRORISTES

Je ne sais pas comment appeler les gens qui parlent de guerre civile. C’est quoi cette f. guerre civile quand on utilise contre nous des spécialistes formés, dont pour la plupart c’est le boulot ? Je ne parle pas des idiots du coin avec des fusils– ceux-là nous essayons de ne pas les tuer, mais simplement de les désarmer. Et s’ils commencent à fuir, nous ne les poursuivons pas vraiment. Mais les saboteurs russes c’est autre chose. Les gars d’« Alpha » m’ont dit que pour eux, cette guerre c’est comme une rivalité sanglante. Ils se connaissent parfaitement entre eux, depuis de nombreuses années ils se sont croisés à l’entraînement. Et voici que ça commence. Le pire, c’est que maintenant il y a beaucoup de cadavres. Et là où il y a beaucoup de cadavres, il y a toujours des offensés qui veulent se venger. Et c’est une véritable guerre.

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1 Response to Un coup au sommet. La guerre vue par un des participant de l’ATO (opération antiterroriste)

  1. chervonaruta says:

    Reblogged this on Euromaidan PR and commented:

    FRENCH: Un coup au sommet. La guerre vue par un des participant de l’ATO (opération antiterroriste)

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