100 jours de guerre. L’histoire du para « Botsman »

http://life.pravda.com.ua/person/2014/07/23/175745/

23.07.2014

Marina Danilyuk pour Ukrainska Pravda. Société

Botsman 2

Il a passé 100 jours d’ATO (Opération Antiterroriste) dans l’enfer même : à Sloviansk et dans ses environs. Après la libération de la ville il a eu un congé de 10 jours.

Après la fin de celui-ci « Botsman » est allé à la caserne pour qu’on le renvoie dans le Donbas, mais ses chefs lui ont dit qu’on avait envoyé à sa place de nouvelles personnes et on lui a demandé de rester à disposition.

Kievien âgé de 30 ans, Sergiy s’occupait avant la guerre de l’entretien des trains Hyundai.

« Botsman » arrive au rendez-vous avec une chemise jaune. Elle flotte un peu.

« Avant la guerre, je pesais 128 kg, mais quand je suis arrivé je suis monté sur la balance de ma femme : 98 kg, » dit notre homme.

Le sergent des forces aéro-mobiles admet que, après que trois mois de séjour, il lui est très difficile de s’habituer à l’ambiance habituelle de la ville :

– Un tel changement de vie affecte profondément le cerveau, je ne peux pas m’habituer au grand nombre de voitures, au fait que les gens soient souriants. Le chant des oiseaux, le rire des enfants, écouter de la musique — pas d’explosion ni de rafales d’automatiques. À Dieu ne plaise, qu’on entende voler les « Grad » : à ce son le cœur se fige en glace.

Le soldat se souvient du 1er juillet, lorsque les troupes ukrainiennes ont libéré Sloviansk. Il dit que lui et ses camarades de combats n’ont pas ressenti de joie particulière. Au contraire, comme quelque chose qui aurait dû se produire il y a longtemps :

– Nous étions surchargés : « et qu’est ce qui va se passer ? », car Sloviansk n’était pas le seul point où s’étaient fortement retranchés les terroristes. Mais nos gars sont allés accrocher notre drapeau et tous avaient des larmes dans les yeux… On se souvenait de tous ceux qui étaient morts pour cette ville pendant trois mois.

« Botsman » parle des relations avec la population de la région de Donetsk, des problèmes psychologiques des soldats après la guerre et des pertes de sa compagnie, qui ont eu lieu pendant cette période.

– Il y a dix ans, j’ai fait mon service militaire dans la 95e aéromobìle. Et dans la caserne, une petite bonne femme, qui m’avait mis tous les tampons, avait secoué la tête et dit : « Fiston, je ne t’envie pas. Si tout à coup c’est la guerre, ils t’enverront le premier. Vous avez une telle équipe qu’elle ira au front en premier. » J’étais alors très jeune, j’ai ri et dit : « Et qui en veut à l’Ukraine, pour l’attaquer ? »

Contrairement à la plus grande partie de l’Ukraine, les bureaux d’enrôlement militaire de la région de Zhytomyr ont travaillé à fonds : ils ont pris tout le monde : et les hommes sérieux, et les fumistes qui aiment s’asseoir avec une bière sur un banc. Même la Commission médicale spéciale n’a réformé personne.

Le 9e jour les gens se sont mis en rang et on a dit: « Les gars, vous ne rentrez pas à la maison. Demain on va tous ensemble à Nikolaev. Ceux qui ne veulent pas : sortez des rangs » Les rangs se sont éclaircis d’un coup. Au bout d’un moment sur un millier de personnes il en est resté moins de deux cents.

Ironie du sort, ceux qui ont fui ont reçu de nouveau au bout de quelques jours des assignations à comparaître. Mais pour eux les conditions ont été différentes, bien pires.

 

– Ces gens en rentrant à la maison comment ont-ils expliqué pourquoi ils étaient revenus si vite ?

– Généralement, ils sont rentrés dans leurs familles et ont dit : « Nous avons fini de guerroyer. Mission remplie » Et leurs femmes elles les ont cru, elles les considéraient comme des héros.

Un de mes compagnons de combat, qui se trouvait avec nous, sa femme lui a téléphoné. Elle pleurait dans le combiné : « Tu ne m’aimes pas ? Il les ont tous renvoyés et ils sont rentrés. Tu m’as quitté et tu me mens ? »

Mais il ne faut pas condamner ces gars-là. Nous sommes tous des êtres humains, nous avons tous peur pour notre vie, pour l’avenir de nos familles. C’est la première fois que notre société moderne est confrontée à la guerre. En fait pendant les guerres de tels cas se produisent souvent.

– Ils vous ont immédiatement envoyés dans le Donbas, après la mobilisation et l’entraînement ?

– Ils nous ont envoyé à Mykolaïv et ensuite ils nous ont dit d’aller à la pointe d’Arabatsk dans la région de Cherson. Le commandement n’excluait pas la possibilité d’un assaut à partir de la Crimée sur la terre ferme. Et, pendant quelques jours, nous étions là et nous regardions aux jumelles les « hommes verts ». Ils n’attaquaient pas et gardaient le territoire dont ils s’étaient emparé antérieurement. Il est devenu clair qu’il n’y aurait rien ici, mais que l’offensive principale se déroulerait dans le Donbas. Nous avons donc remballé tout le matériel et nous sommes allés là-bas à travers les régions de Dnipropetrovsk et de Zaporizhia.

C’était juste au moment où ils ont organisé le référendum en Crimée. Même ici on ressentait la tension. Pendant plusieurs jours, nous sommes restés au polygone d’entraînement dans l’oblast (région administrative, NDT) de Zaporizhia : on faisait des manœuvres. Je suis allé une fois pour le service dans la capitale régionale. Je n’avais jamais été auparavant à Zaporizhia, mais je me rappelle que là est censée se trouver la plus longue avenue Lénine d’Europe.

J’ai décidé de voir à quoi elle ressemblait.

J’étais en uniforme, j’ai appelé un taxi. Tout à coup devant moi un homme a surgi avec une arme et m’a demandé : « Vos papiers ! ». Derrière lui sont venus des gens à l’air sérieux. J’ai commencé à expliquer que j’étais des leurs, un militaire ukrainien. Ces hommes au début ne me croyaient pas, ils m’ont ensuite longuement demandé ce que je faisais chez eux dans la rue principale. Mais finalement ils m’ont relâché. Il s’est avéré que l’auto-défense locale me prenait pour un séparatiste.

Le lendemain, nous sommes partis pour Dobropillia.

– Comment avez-vous trouvé la population du Donbas ? Est-ce que c’était difficile de se comprendre ?

– Dobropillia diffère du reste du Donbas. Si à Sloviansk on nous criait souvent après : « Vous êtes des fascistes ukrainiens ! », il y avait ici des gens biens, qui étaient allés nous saluer et nous ont beaucoup aidé.

Il leur était incroyablement difficile de survivre parmi les leurs dans le Donetsk même. Là on préparait le référendum séparatiste et cette poignée de gens, en dépit de tout, préparaient la tenue des élections présidentielles.

Grâce à eux dans le Donbas on a conservé quelque chose d’ukrainien.

La plupart des combattants de notre compagnie n’avaient jamais été dans le Donbas. Ils étaient originaires des régions du nord et du centre de l’Ukraine. Chez nous tout est nickel : la maison est nettoyé, le jardin bien tenu, la ville. Et là-bas l’image typique c’est : une cabane minable, des ardoises qui tombent, des croisées pourries, mais sur le toit deux antennes de satellite bien fixées pour mieux capter les chaînes russes. Il y avait en fait deux problèmes essentiels : une population transformée en zombis par la propagande russe et le faible niveau intellectuel.

Parfois je revêtais des vêtements civils et j’accomplissais des tâche dans des zones rurales. J’entrais dans des bars locaux — plus précisément, des bouis-bouis malpropres, et j’écoutais de quoi parlaient les gens.

Ainsi, là où il y a au moins une sorte d’intelligence, il y a une conversation intelligente. Là où c’est borné, multiplié par la bêtise : la grossiéreté et l’éloge de celui qui a passé le plus de temps en prison. Pour cette catégorie de gens, si tu n’es pas allé en prison — alors tu n’es pas un « mec », tu es d’une caste inférieure.

Il y a également le mythe répandu parmi les habitants que le Donbas nourrirait l’Ukraine. J’ai demandé souvent : « Mais vous ne vous demandez pas comment fait l’Ukraine pour survivre pendant que le Donbas se traîne depuis trois mois à cause du conflit ? »

La réponse : « Vous ne comprenez rien, vous êtes victimes des mensonges des média bandéristes »

 

 

– On peut peut-être convertir d’une certaine façon ces gens, les amener du côté ukrainien ?

 

– Vous savez, il ya des gens « DNRisés » jusqu’au fonds du cerveau. On ne les fera jamais changer de côté, quelle que soit les méthodes choisies. C’est inscrit dans leurs gènes que Kiev et les autorités de Kiev veulent pour eux la pire des existences, qu’ils les méprisent et les volent.

Mais essentiellement, ce sont tout simplement des gens paresseux qui aiment uniquement l’alcool, et qui à cause de leur état d’ébriété ne veulent pas travailler. C’est un cercle vicieux, qui est impossible à briser. Et c’est pourquoi ils croient que si la Russie arrive, tout ira mieux d’un coup pour eux. Et ils disent, eh bien, qu’il faut une main d’acier comme chez Poutine — alors tous le monde les estimera.

Avec cela, beaucoup de gens m’ont dit qu’ils sont passés du côté de la DNR pour des motifs utilitaires. Pour chaque soldat massacré, on leur a promis 20.000 UAH, pour un sergent 30.000 UAH, pour un commandant de Brigade, c’est un million. Et ces gens ont répondu : « Pas de problèmes. Donnez-nous des flingues et nous vous apporterons au moins 10 têtes, pour toucher l’argent ».

Mais quand la plupart de ces « mercenaires » ont entendu nos coups de feu et compris que nous sommes une armée de professionnels, ils ont commencé à fuir, en jetant leurs flingues.

 

 

– Mais après trois mois de votre présence il se pourrait que quelqu’un soit persuadé qu’il faut aider l’armée ukrainienne et non les séparatistes ?

– Beaucoup de gens d’esprit patriotique ont quitté le Donbas dès l’ouverture des « corridors humanitaires ». Principalement parce qu’il était nécessaire de sauver les enfants.

Il n’est resté que ceux qui ne savaient pas où aller. Ou qui pensaient qu’en restant ils protégeraient leur logement contre des hôtes indésirables. Beaucoup avaient un travail, ils ont continué à y aller malgré les séparatistes, les terroristes.

Encore une fois, beaucoup de gens à cause de la propagande russe ne pouvait comprendre ce que faisait là-bas l’armée ukrainienne. C’est seulement avec le temps, quand ils ont compris que vous ne kidnappiez pas les gens, que vous ne les torturiez pas que vous ne jetiez pas les cadavres dans la rivière, qu’ils sont venus nous saluer et ont même commencé de nous montrer où étaient les embuscades, où étaient les block-post, quelle était la meilleure façon de contourner la ville.

Un facteur important a aussi été que les gens ont compris que nous avions une famille et un domicile, et que nous rentrerions chez nous. Qu’aucun d’entre nous n’envisageait de s’emparer de leurs maisons et de leurs mines.

– Il y a de nombreux rapports faisant mention d’attaques des partisans de l’Ukraine par les terroristes. Vous avez été témoin de tels cas ?

– Nos soutiens locaux ont tenté de faire tout discrétement, mais parfois ils ont été pris. Je vais vous raconter une histoire. Le 31 mai, j’ai eu 30 ans. Avant la guerre, j’avais prévu d’organiser une fête au restaurant, avec des toasts, des danses, beaucoup d’amis… Et puis je me réveille au cours de la nuit, car il fallait aller sur le bloc-post et je me dit : « C’est mon anniversaire… est-ce que je survivrais. »

Nous avons été affectés à un nouvel endroit, et nous n’avions plus d’eau. Nous avons contacté nos « soutiens » et nous leur avons demandé de nous apporter plusieurs jerricans en plastique remplis d’eau. En même temps, je leur ai demandé d’apporter quelques gâteaux et du Pepsi Cola pour fêter, en quelque sorte. Ils nous ont tout apporté, mais sur le chemin du retour ils sont tombés sur un nouveau bloc-poste des séparatistes. Ils les ont attrapés et emmenés dans leur repaire.

Nous pensions qu’ils les avaient tués. Mais quelques jours plus tard ils ont relâché ces gens. Plus exactement, ils les ont jeté sans habit au milieu d’un champ. Ils leur avaient cassé toutes les dents et brisé les côtes.

On ne peut imaginer comment des gens qui vivent sur la même terre peuvent âgir ainsi avec leur voisin. Mais cela n’a pas brisé ces braves gens du Donbas. Nous gardons constamment le contact avec eux.

– Maintenant on entend beaucoup dire que l’armée n’était pas prête pour la guerre et que les chefs n’étaient pas suffisamment qualifiés. Dans quelle mesure cela correspond à la réalité ?

– Notre armée était complétement inapte à la défense du pays. Depuis longtemps, on pille l’armée, on la détruit, mais heureusement on a réussi à rassembler rapidement toute nos forces et à combattre normalement avec les envahisseurs de nos terres.

Dès le début, lorsqu’à Sloviansk ont commencé à apparaître les premiers terroristes, c’est la police locale et la SBU qui devaient réagir. L’armée à ce stade ne pouvait pas intervenir, car elle ne peut opérer que lorsqu’il y a une agression extérieure.

Mais étant donné que notre 95e brigade est un modèle de force d’intervention rapide, on a fait appel à elle en premier lieu. Et quand nous sommes arrivés, on a vu que la police arborait le ruban de St-George (l’insigne des séparatiste, NDT) et que les bureaux de la SBU étaient devenus le repaire des terroristes.

Le Ministère de la Défense donne aux soldats le minimum : en général cela se limite à un uniforme en mauvais état et aux armes. Grâce aux bénévoles qui aident l’armée on a vu apparaître des équipements, l’alimentation s’est considérablement améliorée. Soyons honnêtes, la cuisine militaire est très minables. Et pour lutter il faut des forces.

Les gilets pare-balles : c’est un sujet distinct. Heureusement, certaines compagnies sont entièrement protégées. J’ai, par exemple, trois gilets : maintenant, comme une fille, le matin je choisis ma robe. Mais ce n’est pas parce qu’il y en a beaucoup. C’est simplement parce que sur 70 personnes dans la compagnie il en reste 14.

Il faut tenir compte du fait que luttent contre nous non seulement des toxicomanes qu’on paye avec 500 UAH, mais aussi des snipers bien formés. Ceux-ci savent où frapper pour tuer. En outre, depuis le début juin il y a beaucoup plus de tchétchènes aux postes de contrôle. Je n’en avais jamais vus avant, je pensais qu’ils étaient bruns et ils sont roux avec des yeux bleus.

Ce n’est plus une bande de drogués locaux, qui est balayée par le vent.

En ce qui concerne les chefs, j’en ai vu au moins deux qui étaient à leur place. C’était le commandant du 1er bataillon des troupes aéromobile de la 95e OAEMB (Brigade spéciale aéromobile) Taras Seniouk, qui a participé aux opération en Irak et au Kosovo. C’était un virtuose, ils l’ont « traqué » du 2 mai au 3 juin, quand finalement ils ont réussi à le tuer. Le second, c’était le major-général Sergiy Koultchitski. C’était évident que c’étaient des gens à la bonne place.

Nous l’avons accompagné dans cet hélicoptère le 29 mai, nous lui avons serré la main, nous avons plaisanté. Et voilà, ils décollent, et paf ! ils sont déjà morts. Nous sommes arrivés sur le lieu de la tragédie, nous avons rassemblé les débris.

Ce que nous avons vu, c’était difficile d’appeler cela des corps. Maintenant, j’en rêve souvent la nuit : nos adieux, l’explosion et les cadavres carbonisés.

Dans la journée mes sensations sont normales, je rencontre les gens, je travaille, mais la nuit la tragédie apparaît dans mon esprit. J’ai très peur que mes cellules nerveuses ne puissent pas le supporter et que je devienne fou.

Ma femme insiste tout le temps pour que j’aille voir le psychologue, afin d’améliorer mon état.

– Et vos compagnons de la 95e brigade comment ont-ils survécu et vécu au cours de l’ATO ? Comment ramener ces gens à une vie paisible ?

– Je visite souvent nos garçons à l’hôpital de Kyïv. Il y a un gars de 30 ans, il a des mini-attaques avec perte de la parole. Il y a des gens sans jambes, sans mains ou sans yeux. Il y a un homme de 43 ans qui est devenu aveugle à cause de la surcharge nerveuse. Il a commencé à mal voir de l’œil droit puis du gauche. On l’a réformé.

Il y a des soldats qui ont littéralement perdu la tête : ils se sont mis à crier, à jeter leurs armes, à sortir des tranchées, à surgir de leur APC. Maintenant, on les a renvoyés chez eux en congés. Certains on les soigne, mais pour d’autres c’est désespéré.

Vous comprenez, tous ne vont pas à la guerre avec une volonté d’acier. Beaucoup ont cru aux rumeurs et ont pensé : quelqu’un a dit que si vous allez à la guerre, vous n’aurez pas à rembourser les emprunts. Il y a d’autre cas où on a dit aux gars qu’ils pouvaient enterrer leurs armes et après un certain temps les vendre. Les gens étaient très différents. C’est seulement au front qu’on est devenu une seule équipe et qu’on a oublié nos intérêts personnels pour se soucier de nos camarades de combat.

Je me souviens d’un garçon de 22 ans. En mars, nous sommes allés ensemble à l’appel, nous sommes devenus camarades, nous avions beaucoup de points communs. Une fois nous étions à la pause cigarette, il a regardé le ciel et puis a soupiré : « Oui, je souhaite que tout se termine à la fin mai. Je serai à la maison, je m’inscrirai à l’Université de Zhytomyr. Et en août, mon mariage. »

Mais le 13 juin, tout était fini, le gars était mort. En ce moment vous vous rendez compte combien la vie humaine est fragile avec ses rêves, avec ses attentes.

C’est toujours très difficile psychologiquement quand vous avez un « cargo 200 » (les morts dans le jargon militaire soviétique et post-soviétique, NDT). Et que le chef vous demande d’accompagner le cercueil au Centre de recrutement et de rapporter les affaires personnelles d’un soldat à son domicile. J’ai une fois assumé cette responsabilité et nous sommes allés à Poltava. Je ne souhaite à personne au monde de voir ce genre de regard : comme l’étincelle d’espoir d’entendre des bonnes nouvelles s’éteint et se transforme en douleur.

Cette maman me regarda d’une telle façon que j’ai ressenti comme si à l’intérieur de moi quelque chose était mort. La tragédie de cette famille était devenu aussi la mienne.

– Vous avez dit que sur 70 personnes dans votre compagnie il en reste 14. Pourquoi ces grosses pertes ?

– Notre ennemi a maîtrisé la tactique : lors des embuscades ils attendent qu’arrive notre colonne. Ensuite il tue le conducteur, la colonne est alors vulnérable. Puis ils tuent nos soldats plus facilement.

Une fois sur me mont Karachun une colonne du quartier général de l’ATO est arrivée chez nous avec le ravitaillement. C’est-à-dire que les gars n’avaient prévu aucune action militaire. Nous avions un imageur thermique, mais il n’a pas vu le danger, au retour nos garçons étaient tout à fait détendus. Tout d’un coup, un terroriste en embuscade à bondi et a tiré au lance-grenade sur le premier véhicule. Le pilote a été tué sur le coup, une partie de l’équipage a été blessée. Mais les gars l’ont repoussé et ont commencé à chercher ce terroriste. Le mitrailleur, qui était là, a commencé à tirer les blessés en arrière. Le reste du groupe, quand ils les ont vu a été choqué.

Les gars tiraient sur le terroriste, tout en ayant des fragments de grenades dans la tête. Notre mitrailleur les a traînés tous les deux à l’abri et puis il a regardé ses propres mains. Il s’est avéré que ses doigts avaient été arrachés. Et il ne l’avait même pas remarqué ! Maintenant, le gars est à l’hôpital central. On l’a amputé des os.

Il en a été ainsi souvent. La colonne avance, une embuscade, on tire — et nous avons des pertes.

 

– Qu’allez-vous faire maintenant ?

– Dans la vie civile je suis cheminot, je m’occupe de la maintenance des trains Hyundai. Peut-être que cette expérience peut être utile à notre armée.

Tous les véhicules dans notre 95e ont besoin d’être réparé, il y a quelques pièces à remplacer. Je veux vraiment faire cela parce que la réparation en situation de combat prends un temps très précieux. Il faut réparer. S’il faut attendre que le ministère de la défense lance un appel d’offres et que dans 3-4 mois quelqu’un commence à faire quelque chose, cela je ne le veux pas.

Un autre point important c’est la protection de nos engins. C’est arrivé que les gars aient utilisé des vieux sommiers soviétique comme grilles de protection contre les tirs de lanceur de grenade. J’ai des croquis et des dessins sur la façon de le faire correctement, comme chez les meilleures armées étrangères.

En outre, la tâche principale pour aujourd’hui c’est de détruire les engins de l’ennemi. Il serait souhaitable de fournir à nos gars des drones pour les aider à frapper l’ennemi.

Il faudrait obtenir de meilleurs uniformes que ceux que fournit le Ministère de la défense. Dans ceux-ci on transpire et au bout d’un mois ils sont déjà en lambeaux.

J’ai l’intention de m’en occuper pour que ce soit plus facile dans la bataille pour mes camarades-parachutistes.

– Comment vous a accueilli votre famille ?

– Ma femme pleurait de joie que je sois rentré vivant. Ma fille aînée est passée en deuxième classe (le CE2, NDT), la plus jeune a commencé à marcher, récemment elle a eu un an. Par ailleurs, elle avait oublié à quoi je ressemble. Au début, elle ne m’a pas reconnu. Les bébés poussent très vite, trois mois pour eux, c’est une éternité.

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